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L'église
Saint-Martin
de
Heilles
L'église se trouve à flanc de coteau
sur un replat dominant la
zone inondable du fond de la vallée du Thérain. Il ne faut pas beaucoup
d'imagination pour reconnaître l'endroit où se trouvait l'ancien
cimetière dominé par le clocher carré de style roman.
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Devant
la nef, a été ajouté un petit bâtiment à ossature en bois, ouvert en
permanence aux visiteurs qui ont besoin de s'abriter d'une pluie
inattendue. Ce genre de construction se rencontre plus fréquemment dans
le sud de la France et se nommait autrefois une "caquetoire". C'est
l'endroit où on peut parler sans déranger les offices religieux, tout en
étant à l'abri du soleil ou de la pluie. L'endroit rêvé pour se tenir au
courant des commérages du village !
Il semble que dans le cas de St
Martin de Heilles, ce soit surtout pour se protéger de l'humidité qui a
toujours été le problème des paroissiens. Le terrain autour de l'église
est sur le chemin d'une grande partie des eaux de ruissellement de la
pente.
A ce propos M. Warmé, dans son
ouvrage de 1873 écrit : on comprend que
le porche doit être la conséquence de l'éloignement de l'église du
village, et qu'il est en même temps un grand protecteur en empêchant les
eaux pluviales et les égouts des côtes voisines de se précipiter dans
cette église si malheureusement placée.
Le toit de cet abri, que
certains nomment également porche ou avant-porche, reprend la même
inclinaison que celle de la nef. Il masque en partie la baie de la
façade occidentale de l'église. Avant de faire "le tour de l'église",
remarquons que les toits de la "caquetoire", de la nef et du transept,
mettent en valeur le clocher qui domine l'ensemble de l'édifice.
La Nef
Contournons
l'église par la gauche. Laissons la façade ouest où se situe un premier
contrefort (à gauche de l'entrée) puis longeons le côté nord de la nef.
La surprise est grande quand nous découvrons les trois arcs brisés
"incrustés" dans le mur de la nef. Observons "l'appareil" du mur.
(L'appareil est l'agencement et la disposition des pierres dans une
maçonnerie). Nous voyons au premier coup d'œil qu'il y a deux sortes
d'appareils : Un petit appareil fait de pierres de petites dimensions
(dont les plus grosses ne dépassent pas la largeur de la main) et un
assemblage de grosses pierres, taillées avec suffisamment de soin pour
s'ajuster précisément les unes aux autres, et qu'on nomme des pierres
appareillées.
Pourquoi cet aménagement
?
Deux réponses possibles :
-
Pour pouvoir faire des ouvertures. Le
percement des murs construits en petit appareil, est source
d'éboulement de la structure. Pour éviter ce souci, il est
recommandé de construire un arc de décharge qui viendra soulager
l'encadrement de la fenêtre.
-
Pour Supprimer le mur.
En le remplaçant par une suite de grandes
arcades, puis construire un collatéral qui agrandira l'église.
(Voir cette solution appliquée à
Angy).
Des baies ont été percées dans les deux premiers
arcs, avec des embrasures taillées en biais pour faire entrer plus
de lumière. Dans le troisième arc, le travail est en route depuis si
longtemps que personne n'espère plus trouver le responsable du
chantier, pour lui demander ce qu'il voulait faire.
Le transept nord
Il est moins élevé et plus étroit que la nef, sa
façade occidentale est éclairée par une rose à 12 compartiments.
Le mur a été consolidé par
un appareil moyen venant semble-t-il en surépaisseur. La rose est
curieusement décentrée et sa partie supérieure placée sur le
décalage des surfaces.
Au point de jonction de la
nef et du transept se trouve un bloc rajouté, pour servir
probablement de contreforts, au clocher et aux murs du transept et
de la nef, ou pour tout simplement fermer une ouverture jugée
inutile. (Cette hypothèse justifierait la présence de ce qui
pourrait être un ancien pilier, sur la droite de l'ouverture) (1).
Les ouvertures de la partie
nord du transept sont des baies type fin du gothique classique début
du gothique rayonnant, semblables au style des années 1230/1250.
Sur la face orientale, une
sacristie a été logée entre deux contreforts.
Le clocher

Construit à la croisée du
transept, il est de forme carrée et est percé sur trois de ses côtés
par des baies géminées. De style roman il est décoré d'une corniche
beauvaisine qui court sur les trois faces ayant des ouvertures, la
quatrième face, sur laquelle s'appuie le chœur, reste
aveugle. La toiture en forme de pyramide est couverte en
ardoises.
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La corniche beauvaisine |
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Il s'agit
d'un décor, à succession d'arcades en plein cintre
recoupées de contre-arcatures, qu'on ne voit que sur
certaines églises de l'Oise, situées à proximité de
Beauvais (d'où son nom). Dans les églises de notre
canton, on peut voir des corniches beauvaisines à
Bury, Rousseloy,
Cambronne, St Jean du vivier et
Angy. |
Certains chercheurs pensent
avoir établi un rapport entre la profondeur de la corniche
beauvaisine et sa date de construction. Ce qui donnerait pour
Heilles 1150/1160.
Le
chevet
Il est de forme polygonale. Remanié, sans
doute au XVIème siècle, il est devenu maintenant trop
élevé par rapport au clocher. L'équilibre, remarqué depuis
l'entrée principale, est ici rompu.
En général, les églises rurales ont un chœur
en pierre d'appareil, bien voûté, plus ou moins orné,
à larges contreforts, et une nef chétive, lambrissée, construite
en moellons, en cailloux ou briques; cette différence vient de
ce que le chœur a été rétabli par les gros décimateurs, tandis
que la nef était à la charge d'une population misérable.
Ici, le chœur est plus haut que le reste de
l'église, disposition inverse de celle de la période romane, où
presque toujours la nef dépasse le chœur en étendue et en
élévation. ( 2)
Le sommet de la toiture du chevet, affleurant la base de la
toiture du clocher, a nécessité le remaniement d'une des faces
du clocher ce qui a entraîné la disparition, non seulement des
deux baies, mais aussi celle de la corniche beauvaisine
correspondante.
Des
contreforts ont été placés entre les baies pour épauler les
retombées des voûtes du chœur et apporter de la lumière. Avant
d'achever le tour du chevet, le "visiteur très
observateur" peut découvrir sur le mur nord, des dessins tracés
au compas et à l'équerre. Il s'agit d'épures réalisées à
l'échelle un, qui ont servi au découpage de patrons (les
gabarits ou panneaux) pour la réalisation d'éléments
d'architecture et qui sont grattées à la fin du chantier.
De telles épures sont rares. L'église de
Heilles est la seule du canton à conserver ces éléments tracés
par le maître d'œuvre qui dirigeait le chantier, il y a
plusieurs siècles ! Depuis quelques années ces traces s'effacent
emportées par la pluie et le vent.
Le transept Sud
Il
est éclairé par trois ouvertures, celle donnant à l'ouest étant
plus étroite que les deux autres.
Remarquons que la toiture du transept est
plus élevée dans sa partie sud (le sommet du toit est au niveau
des baies du clocher, au nord il est un mètre plus bas).
Une petite tour octogonale d'escalier assure
la jonction avec la nef.
La nef (vue du sud)
On remarque les "cicatrices" laissées par
d'anciennes ouvertures. Entre autre une petite porte qui
pourrait être ce qu'on appelait au Moyen-âge "la porte des
morts" ou plus simplement porte donnant sur le cimetière qui,
jusqu'en 1884, entourait l'église pour faire profiter les
défunts des prières des vivants. Le visiteur attentif aura sans
doute relevé des inscriptions et croix gravées dans la pierre.
L'intérieur de l'église
Après
avoir descendu quelques marches protégées par le petit abri
remarqué au début de la visite, nous entrons par une porte à
deux vantaux séparés par un pilier central (3).
Un tympan en forme de trèfle domine l'ensemble.
La nef est voûtée en bois. Sur le mur de
gauche, on retrouve les arcs remarqués depuis l'extérieur. Le
premier est aveugle, les deux autres sont percés par des baies
dont les embrasures sont taillées en biais. Une croix, rapportée
de l'extérieur, est fixée contre le mur. (Il s'agit de la croix
de l'ancien cimetière).
En continuant vers le chœur, nous atteignons
les quatre piliers qui soutiennent le clocher et qui forment la
croisée du transept. Cette dernière, ainsi que les deux bras, à
droite et à gauche, semble voûtée de pierres. (un habillage de
feuilles de zinc peint avec un décor "pierre" pourrait masquer
des difficultés de construction.)
Sur la gauche, à partir de la base du
clocher, nous remarquons des modifications dans l'agencement qui
ressemblent plus à une réparation improvisée qu'à une volonté de
construire une voûte sur le transept.
Dans le bras nord du transept, on retrouve
sur la gauche les trace d'un" demi-arc". Au-dessus, une baie
circulaire en forme de rose.
Continuons à
gauche pour découvrir la chapelle de la Vierge.
Warmé dans son ouvrage sur les environs de
Mouy (1873) raconte la visite de l'église : "
...Nous
nous
dirigeons vers la chapelle de la Ste Vierge qu'on nous dit avoir
été restaurée, en l'année 1855, aux frais de l'abbé
Millière, vicaire général de Mgr l'Évêque de Beauvais... M.
Millière eut l'idée de faire reconstruire, aussi à ses frais, le
sanctuaire de cette église
en élevant les
voûtes,
en faisant percer
des croisées, en créant une
rosace
décorée de
verrières."
Nous
savons grâce à ce texte que la rosace néoromane est en place
depuis 1855 et qu'elle faisait partie d'un ensemble de travaux
financés par un particulier. Ces travaux transforment l'édifice
et changent l'équilibre général. En élevant les voûtes du chœur,
le toit qui les protège des intempéries doit être surélevé
d'autant. La corniche beauvaisine et les baies deviennent une
gêne pour raccorder toit et clocher, ce qui entraîne leur
suppression sur la face Est du clocher.
__________________________________________________________________
1 Graves
parle d'une porte latérale "anguleuse" bouchée. (p 50)
2 Louis Graves : Notice
archéologique sur le département de l'Oise (p 382). Réédition de
1996
3
Trumeau
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