Sur les traces d'Herminie

 

Herminie!

Pour la population du canton de Mouy, le nom "Herminie" n'a de signification que pour les personnes proches de la gare et qui habitent Bury ou Mouy.

Pour le facteur c'est le nom d'une cité. Depuis peu un cabinet médical a choisi de se faire connaître sous ce pseudonyme. Pour les vieux habitants du quartier de la gare, le coin est connu à cause de la cité construite en forme de U et d'un puits artésien qui déverse sans cesse et gratuitement une eau qui se perd dans le fossé proche. Curieusement ce phénomène n'étonne personne comme si l'eau avait l'habitude de jaillir du sol dans notre région!

Si nous regardons l'intérieur de cette cité, (une grille ferme le U) nous découvrons une sorte de fronton sur lequel sont inscrit un nom et une date : Cité Herminie 1881.

La cité Herminie est un ensemble de 23 logements destinés à des ouvriers d'une même entreprise. Ces habitations sont disposées sur trois côtés d'un espace carré formant une cour intérieure fermée par une grille.

La grille fermant le quatrième côté de la cour

Au centre la gare de Mouy-Bury, on devine la cité avec sa cour intérieure arborée

Indication du lieu

Le cabinet médical

 

Madame Herminie Collard

 

Herminie Collard

Cette cité est due à l'initiative d'un industriel de Mouy, monsieur Collard. S'inspirant du Palais Social créé par Godin en 1871 à Guise, il décide d'offrir à ses ouvriers, des logements ou ils trouveront de bonnes conditions d'hygiène, de bien-être et de confort. Herminie est le prénom de la femme que cet  industriel a épousée en 1858. C'est la fille d'un financier parisien, Louis Georges Emmanuel Bigé. Cette dame pratique l'art de la peinture et depuis sa jeunesse reproduit les grands tableaux des musées parisiens. Sans enfant et sans problème d'argent, elle a des facilités pour se perfectionner et participer à différents salons de peinture. Elle y obtient des récompenses amplement méritées.

La santé de madame Herminie Collard n'est pas florissante. Elle vit le plus souvent à Paris, même si son époux prend des responsabilités au Conseil Municipal de Mouy. Elle décède en 1872, laissant un mari désespéré et sans héritier.

 

Le couple a-t-il été impressionné par la réalisation de Godin, un industriel de l'Aisne, qui a fait construire "le palais social" de Guise en 1871 ? Les idées religieuses d'Herminie l'ont-elles amenée à demander à son mari de faire la même chose pour son usine? En tous cas Monsieur Collard se lance dans la construction d'un habitat où "l'air et la lumière" sont privilégiés.

Entre le décès d'Herminie et l'inauguration de la cité, il s'est passé 9 ans, ce qui est relativement court pour trouver le lieu de construction, dessiner les plans, construire, aménager les jardins alentours etc ...etc ...

L'accès à la cour intérieure est interdit aux locataires, celle-ci n'est destinée qu'à apporter la lumière et l'air aux habitants; On y pénètre par une porte de la grille pour l'entretien des plantations. Une statue représentant Herminie est placée en son centre.

Sur cette carte postale datée de 1907, on peut deviner la statue de Me Herminie Collard.

Don de la famille Milliot

Dans le registre des délibérations du Conseil Municipal de Mouy, on peut lire à la séance du 14 novembre 1922 :

Monsieur le maire informe le conseil municipal qu'il s'est rendu avec Monsieur Villain, dans la famille Milliot qui est sur le point de quitter Mouy.

Celle-ci a offert à la ville, tous les tableaux, statues et photographies dont vous avez pu constater l'installation à l'hôtel de ville. Un grand nombre de volumes ont également été remis pour la bibliothèque. Les tableaux sont l'oeuvre de Mme Collard qui était artiste peintre. La statue placée au milieu de l'entrée la représente. Le buste en marbre est celui de son mari industriel à Mouy.

Confiant dans la reconnaissance du conseil municipal pour ce don gracieux, votre municipalité n'a pas hésité à l'accepter en votre nom et à faire de toutes ces oeuvres l'ornement de notre maison commune, se réservant de vous en demander la ratification.

Liste des tableaux peints par Madame Herminie Collard

(relevée dans l'album souvenir, offert en 1879 à Mme Milliot par M. Collard)

Portrait de Louis Georges Emmanuel Bigé - 1851 (mairie de Mouy)

Portrait de Louis Georges Emmanuel BigéLe père d'Herminie Collard,

inspecteur des finances,

chevalier de la légion d'honneur.

 

 

 

 

 

 

Autoportrait de l'artiste - 1857

(ne faisait pas partie de la donation)

Herminie Collard

Marie, Anne, Herminie Bigé épouse M.Collard en 1858.

Herminie se passionne pour la peinture.

Elle se perfectionne en fréquentant les musées parisiens et plus tard les musées d'Italie où elle séjournera plusieurs fois.

Elle sera très académique dans son style et prendra comme sujet des épisodes de la bible ou de l'évangile.

Eliezer et Rebecca (grenier de la mairie, non daté)

Ce tableau n'est plus exposé depuis qu'il a été endommagé malencontreusement au cours d'un grand nettoyage ou d'un transport. Il est remisé dans le grenier. Toutes ces peintures, depuis 1922, sont exposées sur les murs de la mairie où ils connaissent la poussière, la lumière du soleil, les variations de température, d'hygrométrie etc ... etc ... conditions qui les fragilisent.

Eliezer et Rebecca

Le sujet reprend une scène de l'ancien testament peinte au Louvre par Poussin.

Isaac est le fils d'Abraham et de Sara. Eliézer, l'intendant d'Abraham, a pour mission de lui trouver une femme.

La rencontre d'Eliézer et de Rebecca auprès d'un puits est la plus représentée.

Les Saintes femmes au tombeau du Christ - 1859

(ne faisait pas partie de la donation)

Selon les évangiles, après la mise au tombeau, les saintes femmes viennent pour embaumer le corp du Christ. Un ange leur montre que le tombeau est vide car le Christ est ressuscité.

Moïse sauvé des eaux - 1859

(mairie)

Moïse occupe la première place dans la hiérarchie des personnages de l'ancien testament. Il est sauvé du massacre des enfants juifs par la fille du pharaon qui le découvre dans une corbeille flottant sur les eaux du Nil.

Italiens - 1860 (mairie)

Les deux musiciens italiens font penser au couple de musiciens bretons qu'on peut voir encore de nos jours, animer les fêtes rurale en Bretagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ste Catherine - 1860

(églises de Mouy et de Bury)

Il s'agit de Catherine d'Alexandrie qui selon la légende a refusé d'épouser l'empereur Maximilien, celui-ci la condamne à être déchirée par une roue garnie de pointes. La roue se brise miraculeusement (on aperçoit la roue brisée). Catherine meurt enfin décapitée (d'où la présence de l'épée)

 

Portrait de Charles Collard

(ne faisait pas partie de la donation)

Monsieur Collard, riche industriel est très amoureux de sa femme. A la mort de cette dernière, il fera éditer dans un album souvenir, la plupart des tableaux. Les reproductions (malheureusement en noir et blanc) donnent un aperçu de la qualité du dessin. La cité qu'il fera construire pour ses ouvriers derrière la gare de Mouy-Bury, portera le nom de cité Herminie pour perpétuer le nom de son épouse.

 

Les Pifferari - 1861

Femmes des environs de Rome - 1861

Italiennes des environs de Naples - 1863

Ces trois tableaux traitent de sujets italiens, il est fort probable que Mme Collard soit allée fréquemment en Italie à cette époque (ils ne faisaient pas partie de la donation).

 

 

Ste Catherine condamnée à mourir de faim - 1864

Parmi les tourments infligés à Catherine par l'Empereur Maximilien, à qui elle s'était refusée, figure l'emprisonnement sans nourriture. Des anges viennent nourrir la sainte.

Mariage mystique de Ste Catherine - 1864

(église de Mouy)

La légende veut que Catherine soit, au cours d'un rêve, montée au paradis et se soit mariée avec l'enfant Jésus encore dans les bras de sa mère. Ce rêve a été nommé "le mariage mystique"

 

 

 

Chapelle de l'église de Mouy (vers 1865)

Nous avons retrouvé sur une carte postale d'une chapelle de l'église de Mouy, cet ensemble des trois peintures concernant Sainte Catherine.

 

 

 

Judith venant de couper la tête d'Holopherne - 1865

(mairie)

Béthulie, petite ville de Palestine, est assiégée par Holopherne, général de Nabuchodonosor.

Judith (veuve de Manassé), pour sauver sa ville, revêt sa toilette de fête et gagne le camp ennemi. Holopherne la trouve "jolie d'aspect et habile dans ses paroles". Judith profite de l'ivresse d'Holopherne après un banquet pour lui trancher la tête d'un coup de son cimeterre.

Italienne - 1870 (mairie)

Herminie Collard a la passion de l'Italie, elle s'y rend plusieurs fois et rapporte de ses voyages des peintures caractéristiques.

 


 

Agar et Ismaël - 1870

(mairie)

L'ancien testament est une source d'inspiration inépuisable pour les peintres académiques. Agar est la femme qui dresse vers le ciel une urne vide, son enfant Ismaël qu'elle tient par une main, se meurt d'inanition ou de soif. Ces deux personnages sont liés à l'histoire de Sarah et Abraham.

Sarah n'a pas eu d'enfant, elle envoie dans le lit de son mari la belle esclave Agar. Celle-ci mettra au monde un garçon Ismaël. Peu de temps après cette naissance, Sarah miraculeusement, est à son tour enceinte. Elle chasse alors Agar et son fils pour le désert en espérant en être  débarrassés.

 

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